De l’élevage de Limousin aux grandes cultures de pommes de terre :

Interview avec Béatrice Ghyselen, à la tête d’une exploitation de type mixte

Namur, 21 juillet 2021 – Le secteur agricole européen a beaucoup évolué au cours des dernières décennies. De nouvelles dispositions règlent la production et la distribution des produits issus de l’agriculture et de l’élevage. Par conséquent, les fermes doivent s’adapter pour répondre aux exigences du secteur. Fin des années 60, la famille de Béatrice Ghyselen fait partie des premiers éleveurs belges à recevoir l’autorisation du ministère de l’Agriculture pour importer les premières vaches limousines en Belgique. Depuis, Béatrice a repris la relève avec son frère. Son exploitation comprend aussi de grandes cultures entretenues de manière conventionnelle. Cette association bétail-cultures au sein de l’exploitation privilégie le circuit court : les déjections animales garantissent la fertilisation organique des terres de culture, et les cultures permettent d’offrir aux animaux une nourriture issue de l’exploitation avec une qualité contrôlée. Béatrice nous raconte les plus grands défis des éleveurs belges.

Comment est organisée la vie à la ferme ?

Mon exploitation est de type mixte, comprenant l’élevage de vaches allaitantes de race limousine ainsi que des grandes cultures conduites de manière conventionnelle (pommes de terre, betteraves sucrières, haricots ou pois, maïs fourrager dans la tête d’assolement et +/- 90 hectares de froment d’hiver). L’exploitation comprend 176ha de grandes cultures et 48ha de prairies obligées (sol pauvre et accidenté).
Grâce à un équilibre harmonieux entre les qualités d’élevage et les qualités bouchères, la limousine permet une bonne organisation du travail. Nous avons toujours eu la conviction que l’alimentation, le sanitaire et surtout l’amélioration génétique sont les principales sources de performance et d’augmentation de revenu d’un élevage.

Quel est à ce jour ton plus grand défi ?

Produire de la nourriture de qualité à un prix abordable pour le consommateur. C’est malheureusement de plus en plus difficile car les coûts de production (prix de la nourriture, du matériel pour distribuer la nourriture, des étables, des prairies, des contrôles pour les filières label viande…) sont élevés et continuent à augmenter. Il est donc parfois impossible pour l’éleveur d’avoir une marge bénéficiaire correcte. Les frais d’abattage et de découpe d’un animal sont également élevés. Le prix de la viande bovine est considérable et donc beaucoup de consommateurs considèrent cette viande comme une viande de luxe.

Quelle est ta plus grande réussite au jour le jour ?

Comme le bénéfice net de l’agriculteur est négligeable comparé au chiffre d’affaires élevé du capital qu’il doit mobiliser pour exercer son activité, il est obligé pour réussir de s’adapter constamment à la loi de l’offre et de la demande et d’augmenter les rendements et la qualité de ses productions en maintenant des coûts de production et un prix de revient raisonnable et raisonné. Pour réussir dans notre élevage, mon frère et moi-même avons donc essayé de progresser à 3 niveaux : l’alimentation, le sanitaire et l’amélioration génétique. Grâce aux compétences de la médecine vétérinaire européenne et belge, l’efficacité des vaccins et l’amélioration de la ventilation dans les étables, les consommateurs mangent aujourd’hui de la viande de bovins limousins qui n’ont reçu pratiquement aucun antibiotique ou anti- inflammatoire durant leur vie d’adulte.

Pourquoi privilégier une consommation locale ?

Privilégier une consommation de plus en plus locale offre l’avantage de se protéger contre des produits importés dont les règles de production ne correspondent pas toujours aux standards imposés par l’Europe et permet de valoriser les petits producteurs de l’agriculture familiale et locale et les bouchers indépendants.
Les slogans « de la fourche à la fourchette » ou « consommer local, le geste idéal » sont importants pour le consommateur qui lors de ses promenades voit les vaches brouter en prairie. Il connait le fermier et sait que celui-ci privilégie les modes de production durables : l’herbe comme base naturelle de l’alimentation ; l’élevage traditionnel avec une durée minimum de 6 mois de pâturage par an ; le respect du bien-être animal dans des étables bien paillées et ventilées, une alimentation contrôlée avec des productions de la ferme (paille, foin, maïs et céréales produites localement) et des aliments référencés. Dans la filière courte et locale, le boucher discute avec le fermier ; ils choisissent ensemble l’abattoir présentant des conditions d’abattage optimales pour les animaux ; le boucher communique les appréciations et éventuelles critiques du consommateur au fermier et lui offre le meilleur prix possible pour son animal. Toute cette démarche est valorisante pour le producteur, le boucher et le consommateur qui privilégient de plus en plus le produit du terroir.

Comment vois-tu l’avenir de l’élevage en Wallonie et son rapport avec le climat ?

l est important en Wallonie de maintenir les prairies et l’élevage lié au sol et à l’herbe car les prairies possèdent des atouts environnementaux indéniables : biodiversité, fertilité du sol, stockage de carbone, érosion moins importante que dans les terres de culture, qualité de l’eau… Le lien entre les producteurs végétales et animales est toujours resté fort en Wallonie, particulièrement dans les fermes de type mixte comme la nôtre : nous valorisons les coproduits de nos cultures qui sont non consommables par l’homme grâce à notre bétail et utilisons le fumier de nos bovins pour la fertilisation organique de nos terres de cultures : la matière organique est l’élément principal d’un sol car elle intervient à la fois dans des caractéristiques physiques et chimiques et joue des rôles essentiels dans la lutte contre la sécheresse, le tassement et l’érosion.

Les Belges sont de grands fans de steak-frites. Vous tenez un élevage de Limousin et une culture de pommes de terre. Quelle initiative est venue en première et pour quelle raison?

Nous avons toujours eu des limousines sur notre exploitation et ce depuis 1970. Dans les années nonante, les fermiers européens recevaient un prix régulier et garanti pour leur bétail et leurs céréales. Lorsque l’office Mondial du Commerce a décidé d’uniformiser les prix en agriculture, les prix des céréales et de la viande ont commencé à diminuer entre autres à cause des importations massives des pays de l’Europe de l’Est et des autres continents. Pour survivre, les exploitations belges qui ne pouvaient pas s’agrandir ont décidé de diversifier leurs cultures ou de choisir des circuits courts plus valorisants pour leur viande.
En 1996, nous nous sommes lancés dans la culture des pommes de terre, travaillant dès le début par contrats avec une grande firme. En 2000, nous avons créé une société avec pour objectif le stockage et la commercialisation des produits agricoles. Le hangar de stockage isolé et ventilé permet le stockage de +/- 2.300 tonnes de pommes de terre jusqu’au mois de mai. Depuis une dizaine d’années, nous établissons des contrats de culture saisonnière avec des fermiers voisins sur une trentaine d’hectares supplémentaires. Ces collaborations permettent de rentabiliser les investissements réalisés.

JP Watteyn

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