Portrait d’un éleveur

Interview avec Manu Laruelle, éleveur de Blanc-Bleu Belge

Bruxelles, 7 juillet 2021 – La campagne européenne « Des moments authentiques » s’inscrit dans la stratégie Farm to fork, qui vise à rendre les systèmes alimentaires équitables, sains et respectueux de l’environnement. Dans ce cadre, nous avons interviewé Manu Laruelle, troisième génération d’éleveurs est propriétaire de la Ferme Laruelle, un élevage de Blanc-Bleu Belge avec une petite culture à côté. Certifié par le standard Belbeef, son élevage illustre les efforts et les succès du secteur bovin belge en termes de durabilité, de bien-être animal et de sécurité alimentaire. L’ASBL Belbeef, l’organisation interprofessionnelle du secteur bovin belge, a développé un cahier des charges générique, le standard Belbeef, pour offrir des garanties supplémentaires tant pour les éleveurs que pour les distributeurs en matière de production, bien-être et santé animal, et transport. En 2019, l’asbl a initié un observatoire de la durabilité pour cartographier et quantifier de façon objective les efforts du secteur par rapport à leur environnement. Au travers de cette interview Manu Laruelle nous explique ce qu’il a concrètement mis en place au sein de son exploitation pour répondre aux enjeux environnementaux.

Raconte-nous comment cette passion pour la ferme t’est venue?

Petit, je passais déjà tout mon temps à la ferme de famille. Je ne l’ai jamais quittée. En 2000, à 23 ans, après mes études en ingénierie industrielle, j’ai repris la ferme en travaillant dans la continuité de mes parents. Après quelques années de gestion, j’ai pris la décision d’agrandir la ferme (construction d’une nouvelle étable) pour soigner les bêtes, les engraisser, etc. Il y a 7- 8 ans, le circuit court s’est fort développé, aujourd’hui, il représente un débouché important pour notre ferme ! À présent, nous faisons exclusivement de l’élevage de bœufs viandeux, avec un peu de culture à côté qui sert principalement à produire la nourriture des animaux.

Quel changement le secteur a-t-il vécu ces dernières années ?

Au niveau de l’élevage et de l’agriculture, on doit respecter un cahier des charges très strict que ça soit au niveau de la production d’aliments mais aussi dans d’autres activités liées à l’élevage. On est vraiment suivi à tous les niveaux. On ne fait pas ce que l’on veut.

En Belgique, l’organisation interprofessionnelle Belbeef a récemment réalisé un observatoire pour cartographier et quantifier de façon objective les efforts du secteur bovin en termes de durabilité. De nombreuses initiatives ont été mises en place par les exploitations certifiées, ton exploitation en fait partie. Quelle sont tes initiatives concrètes en matière de bien-être animal ?

On accorde une attention toute particulière au bien-être animal dans tout le processus d’élevage. Par exemple : on veille à ce que les animaux ne soient pas stressés lors du transport à l’abattoir, ce qui influe positivement sur la qualité gustative de la viande, ou encore on les laisse pâturer dès que la belle saison est de retour

Quelle est ta meilleure réussite au jour le jour ?

Garantir un contrôle de ma production de A à Z. Ma plus grande satisfaction est de savoir où l’on pourra retrouver la viande élevée sur ma ferme. Je vends tous mes animaux en circuit court ! Soit directement à la ferme soit via 3 boucheries dans un rayon de 15 kilomètres. On attache une grande importance aux processus d’élevage afin d’offrir une viande de qualité aux consommateurs. Les consommateurs sont vraiment des consommateurs de proximité et souvent ils viennent à la ferme par le biais du bouche-à-oreille.

Quel est à ce jour ton plus grand défi ?

Pouvoir nourrir les bêtes en autarcie et donc acheter le moins possible d’aliments à l’extérieur.

Concernant l’alimentation des animaux, comment utilises-tu les sources/ressources naturelles ?

D’abord, on utilise le résidu des betteraves pour nourrir le bétail. Dans la période de finition (3 mois avant d’être abattus) les animaux reçoivent des aliments qui ne contiennent ni soja ni OGM. Ils sont nourris dans les étables avec des produits naturels, comme de l’herbe et des pulpes. Dans la période avant la finition, les bêtes restent beaucoup dans les prairies, du 1er avril jusqu’au 15 novembre, et donc aucun complément alimentaire n’est donné. Toutes les vaches sont engraissées dans la ferme.

Qu’est-ce que tu penses de l’utilisation des antibiotiques ?

Il y a beaucoup d’évolution sur ce point, par exemple, aujourd’hui, il y a beaucoup moins d’utilisation d’antibiotiques. On préfère pratiquer un traitement curatif au lieu de préventif. On met l’accent sur le fait de s’assurer que les mâles soient bien préparés. L’objectif étant que les animaux puissent produire leurs propres anticorps.

Quel rôle jouent les prairies par rapport à l’élevage ?

Le rôle de la prairie est très important. On sait que les animaux rejettent du Co2 mais en contrepartie la prairie est un puit de carbone qui capte le Co2. Ça signifie qu’en réalité, l’animal est plus ou moins neutre.

L’économie circulaire, s’applique-t-elle à ta ferme ?

Oui. A la ferme, on n’utilise pas d’engrais chimique. On utilise le fumier des vaches pendant 8 mois de l’année. Le fumier nourrit les champs, ce qui nous permet de produire les aliments qui nourrissent les animaux. Ensuite, les praires, qui sont d’excellents pièges à carbone, captent le Co2 rejeté par les bêtes. On est vraiment dans un modèle d’économie circulaire : Un point important au niveau de la fertilisation de la pâture/prairies et des terres.

Qu’est-ce que ces initiatives t’apportent en valeur ajoutée et économique ?

L’avantage le plus important, c’est d’avoir renoué le contact entre le fermier et le consommateur : un lien de confiance qui permet au consommateur de savoir ce qu’il mange.

Qu’est-ce que tu veux promettre aux consommateurs qui mangent ta viande ?

Les bêtes sont élevées avec beaucoup d’attention et dans le respect de l’environnement.

Tu as une race de boeuf de prédilection ?

Ça dépend, chez mon boucher je prends souvent beaucoup de Limousin. Il m’a fait de l’Aubrac belge la semaine passée. J’en prends à chaque fois 7kgs et demi pour moi à la maison que je congèle.

Comment vois-tu le futur du secteur et de ton élevage ?

Le futur est une valorisation du local. Avec le COVID, les gens reviennent vers les produits locaux. Il faut continuer à communiquer les avantages et l’importance de l’élevage locale.

JP Watteyn

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